
Afghanistan, Pakistan, Russie, Kosovo, Georgie, Albanie, Serbie, Angola, France, Congo, Comores, etc.. Les pays d’origine des habitants du square sont multiples, à l’image des causes les ayant poussés à quitter leur pays d’origine.

L’installation au square est majoritairement opérée par l’association Utopia 56. Celle-ci travaille dans l’urgence de la saturation des logements. Elle fournit du matériel de survie. Tentes, bâches, couvertures, vêtements : cette assistance des personnes arrivant à Rennes est précieuse et s’exerce dans la mesure de ses possibles.

24 octobre 2024. « C’est compliqué ici ». Maria est en pleine session ménage. A 30 ans, depuis 3 mois, elle vit sur le campement avec ses deux enfants de 11 mois et 5 ans.

« Pour la lessive, c’est à la main ». L’étroitesse des tentes oblige les habitants à vivre au rythme de la météo. Après les fortes pluies d’octobre, il est à nouveau possible de laver et d’étendre le linge.

Deux espaces cuisine sont partagés entre tous les habitants. Il n’y a pas de source d’électricité sur le campement. Les repas se font au gaz fourni par les associations Utopia 56 et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP).

« Je vais étudier, apprendre le français, et bientôt, ça ira ». Edmond* est russo-géorgien. Il se déplace sur le campement à vélo. Dans la sacoche qu’il garde autour de sa taille, cet artiste range ses oeuvres.

« C’est la France ».

9 octobre 2024. « Tout est compliqué ici, tout. Le froid, se laver, l’absence de maison, d’électricité ». Le désespoir croît à mesure que le temps passe. Cet espace a été utilisé par différentes fratries au cours du temps. Dernièrement, des familles géorgiennes en avaient fait un espace commun pour partager le café.

Pendant l’été 2024, le nombre d’enfants sur le campement a atteint son apogée avec 70 enfants sur 240 personnes (excluant la prise en compte des mineurs non accompagnés). Ils sont scolarisés dans des écoles et collèges aux alentours.

« On s’assoit là parce que le soleil tape ici, comme en Albanie ». Sur ce banc, ils partagent des pop-corn et rigolent un peu. Ces instants joyeux font l’effet d’antalgiques : sans soigner, ils réchauffent les coeurs. Jamais complètement, jamais très longtemps. L’angoisse devenue intrinsèque au quotidien reprend le dessus sans attendre. A droite, Roman* souffre de difficultés respiratoires. L’humidité dans les tentes ne fait pas bon ménage avec son asthme. « Ici, ce n’est pas bon pour lui ».

Jeux d’enfants.

Erik* est Albanais. Il ne parle jamais de lui. Il préfère parler politique et témoigner l’urgence de la situation des autres. Pour mimer le bruit de la pluie sur la tente d’une maman et ses deux filles, il jette des graviers dessus.

Les pluies d’hiver ont annoncé sur les toiles l’arrivée du froid de manière assourdissante. L’eau s’infiltre et cause des dégâts irréversibles. La météo et la baisse des températures impactent fortement le moral des habitants. Les arceaux et le « toit » de cet abri s’affaissent.

« C’est une catastrophe ici ». Maria* est là depuis décembre 2023, avec son frère, son fils de 17 mois. A l’intérieur de sa tente, la tempête a causé des dégâts et elle n’y supporte plus l’odeur.

Elle et son frère passent beaucoup de temps devant l’ouverture de la toile, prenant le soleil. Lui est en 5ème dans un collège à proximité. Il est en vacances scolaires

23 octobre 2024. Lorena* est albanaise et vit sur le campement depuis 3 mois. Elle essaie d’apprendre le français, mais « C’est dur avec le stress ici, c’est impossible, elle a trop de choses dans la tête » explique sa fille de 19 ans. Pour la nourriture, les habitants ont recours à des associations de la ville.

Pour avoir de l’eau, il faut aller au bout du parc. Les bouteilles en plastique servent à en ramener au niveau des tentes.

22 novembre 2024, dégâts après la neige des jours précédents.

22 novembre 2024. Les habitants ont pu trouver refuge dans des bâtiments libérés pendant des nuits glaciales. Malgré un accroissement de la solidarité sur ces périodes, les hivers restent marqués par l’absence de solutions de logements pérennes suffisante.

La nuit tombe plus tôt depuis le passage à l’heure d’hiver. Celle-ci est redoutée par de nombreux habitants pour sa tendance à faire resurgir les angoisses. Un homme afghan relate : « Ma femme se réveille la nuit et cherche les enfants en panique. Elle a peur. ». L’insécurité, le bruit, le froid : au square, c’est formule tout compris pour un sommeil compliqué.

« Est-ce vous savez s’il y a une solution pour nous ? ». Le temps passe et les habitants du square le voient passer, ce temps. Sans nouvelles de leurs demandes de papiers pour certains, sans nouvelles concrètes de leurs demandes de logements pour tous. L’attente dans l’impuissance ne fait que rallonger les jours. Ce couple afghan regarde une série sur un téléphone portable.